« Ce qui s'est passé ne m'a pas traumatisé »
À 27 ans, le lieutenant Yannick Angesicht avait été affecté comme commandant de la communauté de brigades de Château-Gontier, en Mayenne. Il est en ce moment en convalescence dans sa famille, à Strasbourg, où cette photo a été prise hier.
Entretien. Le 10 septembre, le lieutenant de gendarmerie Yannick Angesicht s'était fait tirer dessus à trois reprises par un subordonné, à Château-Gontier. Il va beaucoup mieux.
Lieutenant Yannick Angesicht, comment vous portez-vous ?
Je vais bien mieux. Mon état de santé évolue assez rapidement dans le bon sens. Les deux premiers jours de mon hospitalisation, le pronostic des médecins était très réservé. J'étais entre la vie et la mort. Au bout de quatre-cinq jours, j'étais considéré comme tiré d'affaire. Pour mes proches, je suis un peu un miraculé, même si je vois les choses différemment. J'ai toujours une gêne respiratoire et je suis des séances de kiné plusieurs fois par semaine. Mais je fais une à deux heures de marche à pied tous les jours. Ma clavicule, où j'ai reçu une balle, se remet petit à petit. Extérieurement, les cicatrices mises à part, on ne voit rien.
Vous souvenez-vous de ce qui s'est passé ?
Je me souviens effectivement très bien du 10 septembre, entre le début de la matinée et le moment où j'ai reçu trois balles dans le dos, dans le poumon et la clavicule. Mais, pour l'instant, plusieurs enquêtes sont en cours et je préfère ne pas trop m'étendre là-dessus. Par contre, après, entre le moment de mon hospitalisation, le 10, et ma mise en coma artificiel, je n'ai plus eu de souvenirs jusqu'au jour de mon réveil, le lundi, soit six jours plus tard. J'avais déjà été transféré au centre hospitalier d'Angers pour y être opéré à nouveau.
Comment voyez-vous votre avenir ?
Je souhaite retourner sur le terrain le plus vite possible, retrouver un poste au sein d'une communauté de brigades. Cela dépendra de beaucoup de choses. J'en ai encore pour un bon mois de kiné pour récupérer une bonne capacité pulmonaire. Cela dépendra aussi des médecins militaires. Ils me diront si je suis physiquement apte à retourner sur le terrain ou non. Je ne saurai pas cela avant deux ou trois mois, si je retourne dans une communauté de brigades où si je suis affecté à un poste de bureau, au sein de l'État-major.
Pensez-vous retourner travailler à Château-Gontier ?
Ce qui s'est passé ne m'a pas traumatisé. Revenir travailler à Château-Gontier ne me poserait pas de problème. D'un point de vue strictement personnel, ce serait tout à fait envisageable pour moi. C'était ma première affectation [il y était en poste depuis un an]. J'avais commencé à y prendre mes marques et l'envie de continuer ce que j'ai commencé est là. Après, rien n'est encore officiellement arrêté, mais il serait plutôt exclu que j'y sois de nouveau affecté. Être muté fait partie de notre cursus de militaire. Nous le savons dès le départ. Alors, cela ne me dérangerait pas plus que cela.
Recueilli par
Mikaël PICHARD.
Ouest-France