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Jacques Leroutier, premier compagnon d'Emmaüs en Mayenne, L'histoire de Jacques Leroutier ressemble à celle de beaucoup de compagnons : des soucis familiaux, un divorce « dont cela ne sert à rien de parler » puis la descente et la vie dans la rue. « J'étais en centres d'accueil lorsque j'ai entendu parler d'Emmaüs. Je ne pensais pas en avoir autant besoin. » L'association va l'aider en lui donnant une famille mais surtout des responsabilités. Après un passage à Quimperlé puis au Mans, on propose à Jacques la Mayenne, pour fonder une nouvelle communauté.
Août 1988 : trois compagnons débarquent dans le département, à Villiers-Charlemagne. « On dormait à trois dans une chambre de la ferme » se souvient Jacques. Des tensions ? « Il y en avait forcément mais c'est comme dans toutes les familles » rétorque l'ancien compagnon. Peu à peu la communauté s'est fait connaître. Les Mayennais ont commencé à donner. « Ici, ça a très vite marché, affirme Jacques. Moi, Emmaüs m'a sauvé. »
Un père spirituel : l'abbé Pierre
Si Jacques ne parle pas beaucoup, il y a un sujet sur lequel il est intarissable : l'abbé Pierre. Au sein de cette famille qu'il s'est reconstitué, il lui donne la plus haute place. Celle de « père spirituel ». « Je me souviens d'un homme calme, qui n'avait jamais un mot plus haut que l'autre, d'une gentillesse... »
Dans son petit appartement, Jacques ouvre ses albums photos sur la toile cirée de la table et égrène ses souvenirs : « Je l'ai servi quand j'étais cuisinier à la communauté du Mans. J'ai eu l'honneur - si on peut dire - de l'aider à marcher quand il commençait à se faire vieux. »
Janvier 2007. « Le père spirituel » décède. Un grand vide, même si désormais « la machine roule toute seule ». Jacques se souvient avec émotion de la cérémonie d'enterrement à Paris. L'Église Notre-Dame bondée et 5 000 personnes dehors sur le parvis. « Si je n'avais pas eu de voiture, j'aurais tout fait pour y aller, répète Jacques. J'y serais allé en stop. Même à pied. »
Jacques a quitté la communauté en juin 91. Après une formation pour devenir chauffeur de poids lourd, il est devenu balayeur à la Ville de Laval, métier qu'il exerce toujours. « J'ai pas trop mal réussi grâce aux soutiens » estime t-il dans un sourire. On l'appelle toujours « le pilier de la communauté ». L'anniversaire de cette grande famille, il va y participer avec émotion. « Disons quand je vois Villiers-Charlemagne aujourd'hui, avec ses trente compagnons, je me dis que j'ai pas trop mal travaillé. »
Raphaëlle REMANDE.
Ì Une grande soirée anniversaire aura lieu ce samedi 10 mai à la salle polyvalente de Laval, à partir de 20 h 30, pour « remercier tous les donateurs et les acheteurs ». L'entrée est gratuite. En première partie : Ça tourne pas rond, spectacle cabaret par le théâtre du tiroir. En 2e partie : des danses du Burkina Faso par la troupe Saaba.