Hervé Éon, étonné et ravi de son coup
Hervé Eon à l'Antidote, le siège de PRS 53, mouvement dont il est le président.
Le militant socialiste de PRS passe aujourd'hui au tribunal. Portrait de l'homme de la pancarte « Casse toi pov'con » jugé pour offense au Président de la République.
Hervé Éon a le regard qui brille. Un petit sourire en coin se dessine, un brin malicieux. On le sent prêt à pouffer de rire. Hervé Éon, convictions anti-OGM affichées sur le gilet, a l'attitude du gars satisfait de son coup. « Étonné et... ravi ».
Il n'aurait jamais imaginé que son histoire de pancarte « Casse-toi pov'con » aurait connu un tel retentissement. Certes, le militant de PRS (Pour la république sociale) a fait tout ce qu'il fallait pour ça, en écrivant son histoire sur Internet et en alertant les medias. Cibles touchées. Tout le monde en parle. « Et pourtant j'avais oublié les guillemets sur la pancarte, » glisse-t-il avec son humour décalé.
Qui est donc Hervé Éon ? Naissance à Laval dans un milieu de gauche, anticlérical, modeste mais où on ne manquait de rien. Père chauffeur-livreur de gaz, mère employée de bureau, ancienne résistante décorée de la Légion d'honneur pour faits de Résistance.
Homme de conviction
Le jeune Hervé était désobéissant, un trait de caractère qu'il a gardé. À l'école primaire, l'indocile travaille vraiment bien. Au collège, ça se gâte. En 1968, il a 16 ans, « dommage, un peu trop jeune pour apprécier » mais il sent le vent de liberté qui souffle sur le pays et quitte l'école. « Je bosse chez un géomètre, puis je fais plein de boulots. À 18 ans, mon premier fils naît. Je me dis que je dois me calmer et assurer. Je rentre chez Thomson- Alcatel où je reste durant 18 ans, avant d'aller travailler aux Deux-Rives. » Il s'engage syndicalement, prend des responsabilités à la CGT puis à la CFDT, cesse de cotiser en 1993.
Avec une franchise déconcertante, il parle de son instabilité aussi bien dans sa vie professionnelle que syndicale ou familiale. Divorcé trois fois, père de quatre enfants, de cinq petits-enfants, il ne travaille plus, est dispensé de recherche de travail, vit avec 14,74 € par jour « dans une simplicité volontaire » selon l'expression à la mode.
Hervé Éon revendique toutefois une constance dans ses convictions de gauche. Un avis que confirme le député-maire socialiste Guillaume Garrot : « C'est un militant engagé, un homme de conviction ». Alain Guinoiseau, conseiller général de droite, parle d'un « homme engagé dans un mouvement très revendicatif. Il s'exprime plus ou moins bruyamment, ça ne me gêne pas, je suis pour la liberté d'expression. »
« Je suis resté simple »
Le premier lien d'Eon avec les socialistes date de 1973. Une adhésion furtive qu'il renouvelle en 1993, après la claque électorale du PS aux législatives. « Il fallait les aider. » En 1998, le voilà candidat aux cantonales sur Laval-Ouest. « Je voulais montrer, par ma présence sur le terrain, qu'un candidat c'est un militant. Je m'étais engagé à ne pas me laisser happer par la notoriété. Conseiller général de 1998 à 2004, je suis resté simple. »
Il se souvient avec un certain mépris des conseillers qui, le jour des sessions, avaient pour ambition de déjeuner à la table du président. Hervé Éon ne mange pas de ce pain-là. « Je ne me suis pas représenté parce que j'étais parti à l'Île d'Yeu. Certains me reprochent ma fin de mandat, quand j'étais là-bas. »
Il revient en Mayenne. « La vie insulaire est trop fermée, il y a trop d'incitation à boire un verre. Il fallait faire attention », dit-il en buvant son demi à la terrasse de l'Antidote. Ce bar est le siège de PRS 53, Pour la république sociale, le nouveau combat d'Hervé Eon. Son engagement l'a guidé à la manif contre le président de la République, il le conduit aujourd'hui à gravir les marches du palais de justice.
Noëlle COUSINIÉ.
Ouest-France