En l'absence des experts psychiatres Bornstein et Coutanceau, indisponibles, l'avocat de l'accusé a tenté de faire reporter le procès. Samalé Farah-Lodone souffre, en effet, de troubles mentaux et Me Gérard Berahya-Lazarus souhaitait faire témoigner ces deux éminences de la psychiatrie qui ont examiné son client deux mois après le coup de couteau mortel.
Ils avaient conclu que l'accusé n'était « pas accessible à une sanction pénale ». Au moment des faits, « il était atteint, selon eux, de troubles psychiques de nature à abolir son discernement ». À la barre, deux autres psychiatres ne sont pas du même avis : ils jugent que le discernement de l'accusé a simplement été « altéré » par ses troubles mentaux, et non « aboli ». Mais « sans certitude », confie l'un d'eux.
Des soins plutôt que la prison
« La défense joue le joker de la folie facile ! », s'exclame Alain Leroux, avocat général. Pour lui, l'accusé a volontairement tué son frère, puis il a « maquillé » la scène du crime : en lavant le sol, le couteau, en ôtant les vêtements de la victime et en faisant croire qu'il s'était cogné la tête. Rien à voir, selon lui, avec « l'acte désordonné » d'un fou.
L'avocat général reconnaît toutefois que la responsabilité de Samalé Farah-Lodone doit être « atténuée » du fait de son profil psychiatrique. Mais pas au point de l'acquitter au nom de l'irresponsabilité pénale. « Pour meurtre, on peut prendre 30 ans de prison. Il avait écopé de dix ans à Angers. C'est une peine juste et je requiers à nouveau la même sanction », a souligné le parquet.
« Vous avez dit le mot de trop ! s'indigne l'avocat de la défense. Non, nous ne jouons pas la carte de la folie facile. Les psychiatres se querellent sur son cas. On le protégerait mieux en le soignant dans une unité spécialisée, plutôt qu'en l'enfermant ». Me Berahya-Lazarus demande alors à la cour de prendre « une décision courageuse », celle d'acquitter son client pour « irresponsabilité pénale ». Les jurés ne l'ont pas suivi dans ce sens. Mais on peut imaginer que les troubles psychiatriques de l'accusé ont pesé dans leur décision de réduire sa peine de deux ans.
Solange ESTEVES.

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